Sélectionner une page

Comme un conte imaginaire, comme des mots là où il faut, y’a des mélodies qui donnent des envies d’écouter tout avec des « presque toujours » dans les oreilles. C’est Nirman et c’est la découverte d’un été qui s’annonce très riche. Son premier EP (de quatre morceaux) sorti le 5 mai dernier, est diffusé dans sa totalité sur Scenaryo.

On le sait bien : les meilleures recettes sont celles qui s’inspirent d’un savoir-faire hérité d’une tradition mûrie sur des générations, auquel on rajoute sa patte personnelle, son ingrédient secret. Nirman lui aussi le sait : entouré des talentueux Guillaume Farlay, bassiste accompagnant entre autre Matthieu Chedid et Michel Fugain, et de Romain Berguin, assistant d’Eric Serra, ce jeune musicien bercé au jazz et à la poésie russe fait partie de cette génération géniale qui vient réinventer la tradition de la chanson française en la saupoudrant d’influences glanées au fil des âges et des frontières.

Un pied dans une douce nostalgie slave héritée de son père, un autre dans une flaque de couleurs pop électro, son premier EP, « Animal » nous entraîne dans un monde surprenant, dans lequel on glisse avec délice d’influences électro planantes survolées par la voix aérienne de Nirman (« C’est la vie »), à des morceaux plus groovy flirtant avec l’acid-jazz (« Le pourquoi du comment », « Animal ») en ralentissant parfois sur quelques minutes de chanson mélancolique (« Azzam David »), comme un rappel à la réalité pour mieux en redécoller.

Jeune musicien un peu lunaire, Nirman réussit avec cet EP à créer un animal multi facettes dont la saveur fond dans la bouche. Son père, Leonid, ancien barde russe qui, avant d’émigrer en France, récitait des poèmes engagés accompagné de sa guitare, a transmis à son fils un amour très fin des notes et de la poésie. C’est sur cette tradition, entre paroles ciselées et perfectionnisme musical, que Nirman grandit pour devenir un mélodiste magicien capable, avec quelques accords d’une délicate simplicité, de créer un univers empreint de cette mélancolie terriblement joyeuse dont tous les Russes ont le secret.

Et c’est aussi cette passion pour la poésie qui permettra à Nirman de faire la rencontre du sel et du poivre de ceux qui viendront compléter sa recette. Alors qu’il joue un spectacle musical sur des textes de Victor Hugo et de Romain Berguin, deux de ses auteur fétiches, Nirman fait la connaissance de Guillaume Farlay et Romain Berguin : la rencontre de ces trois-là permettra d’écrire la suite de l’histoire.

Guillaume Farlay a déjà plusieurs albums à son actif lorsqu’ils se rencontrent. En découvrant Nirman, il tombe sous le charme de cette voix aérienne qui lui rappelle celle d’Alain Chamfort bravant les vagues de « Manureva » et décide de le prendre sous son aile. En tant que realisateur de l’album, Guillaume l’incite à revenir vers un essentiel des mots et apporter à ses textes poétiques une touchante simplicité. Alors, délicatement, Nirman se glisse dans la peau d’une femme (« Quand je ne serai plus belle ») ou dans le bois d’une table (« La table ») pour parler de la vie telle qu’elle est : à la fois douce et tragique.

Si Guillaume a apporté à cet « Animal » sa structure plus terrestre, c’est Romain Berguin qui l’en saupoudre d’une épice de folie. Véritable maestro du clavier, c’est à lui que l’on doit cette touche électronique léchée qui pourrait presque nous faire voyager au cœur du cool de la récente scène pop australienne, légère et enivrante comme les bulles d’un mojito.

La subtilité tragique de Nirman mélangée à la poésie simple de Guillaume et relevée par le fizz de Romain créent un cocktail signature délicieux et parfaitement équilibré. Le sens du perfectionnisme et de la précision transpire sur cet album aux morceaux maîtrisés jusqu’au bout des croches. Au fur et à mesure que l’ « Animal » se révèle, la technicité s’allie avec la simplicité pour accoucher d’un EP d’une très grande classe, comme dans un restaurant nouvelle cuisine qui réinvente des plats de tradition pour en faire des œuvres d’une délicate beauté aux saveurs somptueuses.

La chanson française n’a jamais été aussi pleine de saveurs.

 

Remerciements à Mélanie Naigeon de VS COM pour la bio et les visuels http://www.vscom.fr

https://www.nirmanmusic.com