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Prévenu vous l’étiez, sur Radio Scenaryo cet été y’a du nouveau, en sons, en groupes et en créations débordantes. Babel c’est tout ça et c’est surtout bien plus. Des textes écrits et interprétés avec une assurance et un enthousiasme qui bouscule nos envies. Babel c’est de la puissance dans la fragilité des mots. Ce sont des rimes qui font vivre ce rythme enivrant avec des frontières attachantes. Oui on aime. A chaque fois qu’une découverte de ce genre m’est offerte, je sais que nous sommes sur la bonne voie. Une radio libre dans sa liberté de diffusion, dans sa création et dans toutes ses passions.

Babel c’est aussi tout ça, une liberté d’expression avec cette sensibilité qui nous permet d’adhérer à la première écoute ainsi les sons deviennent éternels.

Frederic Lefevre

Radio Scenaryo

 

Babel s’est érigé, quelque part entre l’ampleur des inspirations de Ferré ou de Thié́faine, la hargne navrée d’IAM, le sens romanesque de Dionysos, l’attention au monde de Lavilliers ou de Tryo. Après s’être bâti une solide réputation scénique sur les scènes du Grand Ouest, le groupe dévoile en n son 1er album. Cela doit être quelque part dans un désert moyen-oriental, où la mort rode dans le ciel au ras des puits de pétrole. Un gars essayait de gagner sa vie et, maintenant, il agonise sur le sable : Faisant se frotter deux langues – et encore plus de réalités opposées –, il maudit avec ferveur :

 

« God bless you

God bless you

Que Dieu vous blesse »

© Juliette Rozzonelli

Dans Bless(e) You de Babel on entend l’ampleur des inspirations de Ferré ou de Thiéfaine, la hargne navrée d’IAM, le sens romanesque de Dionysos, l’attention au monde de Lavilliers ou de Tryo…

« J’voulais qu’ma vie ait un sens

Et j’crève pour qu’on roule à l’essence

Ils l’auront pas au Paradis

Tout l’or noir au fond du puits

Ma grenade dégoupillée

Va tous les éparpiller

Le drapeau et les grands chefs

Le pétrole et les bénefs »

 

Sébastien Rousselet, le fondateur et auteur de Babel, y ajouterait volontiers ce public qui inspire, qui tend fidèlement le l sur lequel les artistes marchent avec confiance ; ce public qui, depuis des années, acclame les performances incandescentes et libres d’un groupe qui a grandi dans un angle mort du regard des médias.

Il est vrai que Babel n’a cessé de tourner et d’expérimenter sans quêter les assentiments parisiens. De toute manière, l’histoire était déjà folle, touffue, semée d’évènements qui ne ressemblent à aucune autre success story de la musique en France.

 

Cette histoire commence avec Sébastien, né en 1976 dans une famille paysanne avec cinq enfants et beaucoup de disques. Allô maman bobo de Souchon à trois ans, puis un spectre qui va de Brassens à Dépêche Mode. À la naissance du grunge, il est fou des Doors et écrit Arthur, un opéra-rock façon The Wall avec lequel il fait quelques scènes. Il part à Londres, dort et chante dans la rue, apprend la derbouka avec un Égyptien et découvre la drum’n’bass dans les clubs. Retour en France et plein de débuts, de découvertes, de commencements, d’impasses. En 2004, Sébastien est père et décide de faire les choses sérieusement : il sera artiste à plein temps.

 

Rock, chanson, reprises, il alterne les projets et, au passage, devient Babel. Oui, le nom du lieu biblique où tous les peuples et toutes les langues de la terre se mélangent, est d’abord porté par un homme seul. Concerts en solo dans toutes les configurations possibles, premières parties d’Abd Al Malik, Sanseverino, Renan Luce ou Loïc Lantoine, ateliers d’écriture dans les prisons ou les écoles primaires…

En 2010, Babel devient Babel, avec l’arrivée auprès de lui de Nino Vella, DJ Slade, et, peu après, Solène Comsa– respectivement pianiste, DJ et violoncelliste.

Au commencement, il ne s’agit pas vraiment d’un groupe mais d’un chanteur qui s’entoure de musiciens. Ceux-ci ne se connaissaient pas et ont eu des parcours très variés. Il y a même quatorze ans de différence d’âge entre Sébastien, l’aîné, et Nino, le plus jeune. Mais, peu à peu, l’enjeu n’est plus seulement d’accompagner les chansons de Sébastien. Le son se sophistique, les chansons évoluent, les échanges sont plus féconds… et Babel devient un groupe.

La couleur gracile de la chanson acoustique hip-hopisante en solo se durcit, prend du corps, de la puissance. Les premières salles, sur l’élan du travail en solo, étaient des lieux étroits pour public assis. Peu à peu, Babel dompte le plein air, le public debout, les lieux rock tout ébahis de découvrir cette pulsion, si féroce sans faire entendre les distorsions et les saturations des groupes à grosse guitare. Babel autoproduit quelques EP, qui sont plutôt des témoignages de son énergie scénique. Le Grand Ouest est riche de festivals, de salles et de public, et ce n’est qu’au bout de cinq ans de tournées que le groupe signe son premier contrat discographique. Il est vrai qu’alors il a trouvé ce son si singulier, à la fois massif et aéré, exalté et maîtrisé.

 

Révolution pour les quatre Babel qui apprennent le studio et font de cet album le reflet de la Babel harmonieuse de Babel. Nino Vella prend en main la réalisation, DJ Slade est aussi graphiste, Solène Comsa arrange toutes les cordes… Ainsi se fixe le répertoire longtemps poli sur scène comme leur très remarqué Marianne, qui réveille la République. Ils y ajoutent leur reprise de La Valse à mille temps de Jacques Brel, déclaration d’amour grave et allègre pour Paris – le Paris meurtri de novembre, le Paris radieux de toujours. Ce choix, d’ailleurs, n’est pas une anecdote : Babel prend à bras-le corps le monde tel qu’il est, c’est à dire tel qu’il doit se reconstruire chaque jour. Babel, donc.

 

Bertrand DICALE

 

Remerciements à Mélanie Naigeon de VS COM pour la bio et les visuels 

http://www.vscom.fr

http://www.babelofficiel.com