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Rencontrer un artiste est toujours une aventure fabuleuse pour moi. Mais rencontrer VAPA fut un moment fort, sans doute car nous sommes encore au tout début de sa carrière. Alors passer un moment d’échange avec celui dont je ne peux pas divulguer l’identité aujourd’hui, restera comme une preuve supplémentaire du bienfondé de votre webradio.

VAPA à quel âge ou à quel moment tu as senti naître l’envie de composer ?
Je viens du milieu Rock Métal, je suis guitariste, j’ai eu beaucoup de différents groupes, rock garage avec une influence britannique. J’ai commencé la guitare au lycée puis à la FAC, ca fait dix ans que je suis dans cette mécanique-là de musique. J’ai adoré apprendre la guitare et sentir que je pouvais faire, même avec un petit niveau, des compositions et me faire plaisir avec ça.

Tu as pris des cours de guitare ?
C’est plus de la rencontre de personnes qui m’a fait évoluer. Ils t’expliquent les techniques et tu apprends comme ça, plus dans l’échange. En écoutant beaucoup de musique, ça m’a fait bien progresser. J’avais plus le background rock musique live. J’ai fait beaucoup de concerts mais la musique électronique, c’est vraiment venu complètement plus tard. Ce n’est pas quelque chose que j’écoutais avant. C’est un ami vidéaste réalisant son premier court métrage qui me dit « ça serait chouette que tu fasses la musique de mon court ». J’ai répondu que ça me botterait à mort. C’est un ami proche et c’était une bonne idée de bosser ensemble. C’était sur une longueur de 13 minutes, du coup je me dis : ok on part là dedans. J’ai commencé à bosser sur l’ordinateur. J’ai installé Logic Pro et il s’est avéré que c’était hyper passionnant. Mettre de la musique sur des images, c’est une autre sensibilité, il faut que ça colle aux émotions et avec les personnages. Et à partir de ce moment-là je me suis dit je continue. J’ai trouvé du temps pour bosser, et six mois après, le premier VAPA sortait.

L’aventure VAPA a commencé l’année dernière en 2017 c’est ça ?
Oui, le premier titre a un an. Et VAPA je m’en servais, d’où l’anonymat, plus pour progresser dans la qualité de production et on voit bien une amélioration en un an.

Pourquoi avoir décidé de réaliser ces morceaux dans l’anonymat ?
En fait, la raison c’est qu’au début je n’assumais pas. Moi je viens vraiment du rock. Depuis longtemps les gens sont plus habitués à me voir dans différents groupes. Là je me lance dans un truc qui n’a rien à voir. Et vu que je débutais avec ce logiciel là, je sais vers quoi je veux aller avec des sons qui me plaisent et un obtenir un très bon niveau de production. Et du coup les premiers trucs que je sortais, c’était avec VAPA et je me disais déjà je sais que je peux faire mieux que ça. Ca peut être plus élaboré. Ca peut être mieux. Et je le sens, parce ce que j’en ai besoin. J’en ai besoin parce que ça me fait du bien. C’est une quête en moi. J’avais besoin de m’exprimer sur des sujets différents.

L’Année dernière tu réalises donc ce premier morceau qui donnera le nom « Vous n’Avez Pas d’Avis » avec la voix de Coluche, pourquoi avoir choisi cet artiste, y’a une raison précise ?

C’est une idée que j’avais en tête de lancer quelque chose et je ne me voyais pas chanter.

Jamais ou bien ça fait partie d’une évolution possible ?

Ca fait partie d’une évolution possible oui ! Mais pour le moment je ne me voyais pas chanter sur de l’électro. Je voulais avoir une voix peut-être aussi parce qu’au niveau musical je me sentais limité pour sortir quelque chose de profond en électro. Et du coup comme c’était dans le contexte des élections présidentielles, je tombe sur cette vidéo là sur Youtube et je me dis, c’est ça !!! Il me faut des paroles de Coluche qui étaient trop pertinentes sur l’état du parti socialiste et sur l’état de la démocratie.

C’est toujours étonnant d’entendre Coluche ou Pierre Desproges aujourd’hui et de se dire que leurs propos colle si bien à notre actualité vingt ou trente ans plus tard !

Comme tu me le disais tout à l’heure, tous mes personnages sont des années 60, 70 et 80. C’est juste pour mettre en lumière que leurs discours sont toujours aussi forts et pertinents. C’était pertinent à l’époque et ça l’est toujours. Et ça me touchait beaucoup.

Si j’ai bien compris tu choisis d’abord le son de la voix et après tu composes. C’est quoi ta façon de composer, tu as un endroit privilégié ou c’est en te baladant dans la rue ? Elle vient comment l’inspiration ?

Je dirais que ce n’est pas à la Paul McCartney où je m’endors, je rêve du morceau et je le fais le lendemain. C’est plus vraiment de l’expérimentation, je teste des trucs avec l’ordi et dès qu’il y a quelque chose qui retient mon attention, une idée, un son qui est cool, je construis à partir de ça.

Un peu comme un gamin qui s’amuse avec son clavier ?

Exactement. Franchement c’est ça ! Mais quasiment tous les VAPA ont été faits dans le train. Je voyageais sur de longs trajets de 12 heures. C’est dur de travailler, du coup je faisais beaucoup de musique et dans le train je suis dans une bulle, un peu à la Thylacine qui avait fait le « Transsibérian Album » et qui a été composé dedans. C’est un peu le même délire ou personne ne peut te déranger et tu te concentres que sur ce que tu fais. Le voyage passe super vite et la plupart du temps je compose avec le clavier d’ordi. Au fur et à mesure je commence à connaître tous les sons du logiciel et tu commences à trouver ton son, celui de VAPA, tous les sons qui te touchent.

Ca me rappelle l’histoire de Luc Besson, le réalisateur, qui, en écoutant « Nikita » de Elton John a écrit dans un avion la structure et une partie de son scénario qui porte le même nom. Après tu enchaines sur d’autres morceaux avec les voix de Georges Brassens, Jean d’Ormesson et Jean Gabin. Pour quelqu’un de jeune comme toi, ce ne sont pas forcément des artistes de ta génération ?

C’est souvent pour remettre au jour leurs propos. J’adore les grains de voix de ces années là. Même le film de Gainsbourg (« Je t’aime moi non plus » en 1976) avec lequel j’ai fait le VAPA 9 avec ses phrases, l’image est hyper agréable à regarder aussi et puis le fait que cela fasse écho toujours et le fait de dire y’a 40 ans c’était encore une fois pertinent.

 

Y’a une forme d’artiste engagé chez toi, même si je n’aime pas du tout l’étiquette. Je préfère dire que tu es un artiste qui a envie de faire bouger les choses, d’ouvrir les consciences des gens. Le VAPA 7 par exemple, sur le 7ème continent en plastique, évidemment ça prouve une forme d’écologie qui te touche aussi. Est-ce que ce genre de création te permet de faire passer un message ?

Oui c’est ça l’idée, de provoquer à l’écoute une prise de position. Ce sont des choses que l’on sait déjà en général mais on ne se remet jamais en question. C’est aussi une façon de construire son opinion, son libre-arbitre. C’est souvent des thèmes assez connus qui ont été utilisés dans les VAPA jusqu’à présent mais ce sont toujours des piqûres de rappel qui font la différence.

Tu as dit que dans le futur tu pourrais t’essayer à la voix mais est-ce que tu as également essayé l’écriture ? Ces punchlines que tu trouves, tu as envie d’en créer ?

J’avais écrit des chansons qui étaient plus dans le milieu rock et le sens était assez faible. Dans VAPA il faut que le sens soit plutôt fort, enfin que ce soit un ensemble assez fort. Et j’ai plus un recueil de punchlines que j’entends à droite et à gauche.

Tu dois en écouter des dizaines d’heures et passer beaucoup de temps à chercher ces punchlines non ?

Oui beaucoup et puis tu ne sais pas quand tu vas trouver celle que tu vas utiliser. C’est un peu aléatoire, ce sont des gens qui vont parler d’un sujet et tu commences à creuser un truc. Je visionne de tout sur Youtube

Comment on fait en 2018, avec l’état du marché de la musique, quand on compose, quand on réalise ses morceaux, qu’on a pas de maison de disque, comment on fait pour se faire connaître ? Tu as tenté de proposer tes créations à des radios nationales ?

Non pas encore et encore une fois ça rejoint la maturité du projet. Je le ferai mais avant il faut peut être construire une équipe autour de VAPA. Je le ferai quand je sentirai que ce sera le moment et quand je serai prêt pour ça aussi. Mais par contre il y a eu une grosse surprise en octobre 2017, Clique.tv qui a fait un article sur VAPA.

Justement sur ce morceau avec la voix de Honorine, la doyenne des français, l’interview de Mouloud Achour dans Clique sur Canal. Je me suis demandé, est-ce que VAPA a réalisé ce montage en espérant faire le buzz ou c’est complètement un hasard ?

Non, en fait j’ai vu l’interview durant mes vacances l’été. Et j’imaginais mes grands-parents, ma grand-mère qui parle. J’ai pensé que ce serait trop drôle de faire un morceau. Elle avait cette phrase avec les musiques modernes « est-ce que vous écoutez des musiques modernes » et elle était un peu contre et du coup c’est parti de ça. Une fois terminé, je trouvais que ça sonnait vraiment frais, c’était cool comme montage. Je l’ai posté sous leurs vidéos, en commentaire, comme un remix électro. Et je me connecte trois semaines après, je remarque qu’il y a deux mails d’un journaliste de Clique à Canal+ qui essai de me contacter. Je trouvais ça complètement fou et du coup je l’appelle et on discute pendant une heure. Il avait écouté tous les VAPA pour essayer de comprendre le projet et il a était super loin dans sa description, même plus loin que là où j’avais été. C’était une grosse surprise, ça fait partie des personnes qui m’ont encouragé de me dire de continuer.

Quel conseil tu donnerais à un jeune, un ado, qui voudrait faire la même chose que toi ?

D’abord de télécharger un logiciel pour faire ça, Logic Pro, Albelton, où n’importe, et après c’est juste du temps à passer pour découvrir l’outil. C’est toujours compliqué de s’y mettre. C’est comme apprendre la guitare, avant six mois tu n’as pas grand chose. Aujourd’hui on est hyper sollicité à commencer plusieurs choses et pour continuer il faut une grosse motivation. Il faut donc trouver sa motivation et débloquer du temps pour bosser. Si tu veux vraiment réussir, il faut passer du temps dessus.

Tu imagines atteindre un certain stade de célébrité où tu arrives à en vivre et tu ne fais que ça ? C’est quelque chose qui existe en toi ?

On peut tout imaginer. Y’a un gros travail coté concert pour développer VAPA. Moi je fais rarement les choses pour me dire, ça c’est juste un petit hobby. Ca donne envie de pousser le projet. A rencontrer des personnes comme toi et j’ai commencé à faire des interviews physiques. VAPA ce n’est plus virtuel et je me rends compte que les gens s’intéressent. Et puis aussi les gens qui passent du temps à préparer une interview, je ne vais pas te dire dans deux semaines VAPA ça n’existe plus. Moi ça m’engage à continuer.

Frederic Lefevre

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